Crédit: Ulysse del Drago

La Horde

Sylvain Bélanger, directeur artistique du CTD'A et Xavier Inchauspé, collaborateur

La Horde est composée de quinze jeunes qui assisteront aux dix spectacles de la saison 16/17 du CTD'A. Ces jeunes, tous âgés de 18 à 26 ans, viennent de différents secteurs d’activités professionnelles ou de différents parcours académiques. La Horde, c’est eux. Ce qui les relie? Une curiosité, une envie de dialoguer et de réfléchir. Nous avons demandé à Sylvain Bélanger et Xavier Inchauspé, ce qu'ils attendaient de ce beau projet.


« De quelle solidarité sommes-nous faits?
De quelle solidarité parlons-nous lorsque la solitude, l’ingratitude, le retranchement, la peur de parler ou la crainte de trop en dire nous habitent? De quelle solidarité sommes-nous faits lorsque des jeunes se révèlent imprécis dans leurs désirs? Quand ils cherchent leurs mots. Sur quelle solidarité pouvons-nous construire lorsque les jeunes ne se sentent pas à la hauteur? Comment parler ensuite de défis collectifs?
Comment leur confier la suite du monde,
quand ils ne se sentent pas légitimes,
ou qu’ils admettent un manque d’autonomie?
Comment leur confier la suite du monde, quand ils se sentent à côté du monde? » 
(extrait du mot de présentation de la saison 16/17)

Ces questions émanent avec force et unité des spectacles de la saison 16/17. Elles nous frappent à la lecture des textes des auteurs. Et je me posais alors la réflexion suivante : « Au-delà de l’ingratitude, du refus de parler, du déficit d’attention généralisé auquel on assiste dans ces propositions théâtrales, au travers leurs luttes et leurs distractions, leurs crises de panique face à l’avenir, entre l’évitement ou la provocation, de quelle solidarité sont faits les acteurs de demain? » 

En construisant la saison, j’ai été interpelé par l’écart important qui se creusait entre l’image que je me fais de la jeunesse, positive, au potentiel important et l’image renvoyée par les textes sélectionnés qui montrent majoritairement une jeunesse qui hésite, une jeunesse qui peine à trouver sa place dans la société, mais aussi dans l’Histoire. Cette confrontation a été un choc pour moi et a suscité le besoin de comprendre, de placer le curseur entre ces deux extrêmes.

Et qui pourrait être plus concerné par cette question que les jeunes eux-mêmes? Quoi de mieux que recevoir la parole de cette jeunesse pour mieux la comprendre? L’idée est ainsi née, du besoin de mieux connaître ce qui habite une génération. La Horde se veut un projet ambitieux, qui aura, je l’espère, un impact à la fois sur les jeunes et sur la direction artistique.

Ce projet d’échanges et de dialogue soutenu, tout au long de la saison, m’est devenu nécessaire, je crois. Au cours des activités et des rencontres que nous préparons Xavier et moi, avec ces jeunes interlocuteurs, je suis convaincu qu’un portrait étonnant et décomplexé du Québec surgira, bien loin des clichés et des préjugés. Et qu’il saura nous inspirer.

Sylvain Bélanger, directeur artistique du CTD'A


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Qu’est-ce que j’attends de cette horde? Rien. Et c’est bien ce qui m’emballe le plus dans ce projet. Nous ne nous connaissons pas vraiment. Pas de vieux amis du secondaire, pas de collègues de travail, pas de personnalités publiques connues. Nous sommes étrangers les uns aux autres. Tant mieux. Bien sûr, l’envie d’aller au théâtre, de se retrouver, de discuter est là pour tous. Mais La Horde n’existe pas encore. C’est une communauté à construire. Je n’attends donc rien de précis. Je ne peux que nous souhaiter devenir une communauté d’idées qui soit sensible, ouverte et généreuse, mais aussi turbulente, cacophonique et imprévisible.

À la veille de nos premières rencontres, la question qui m’occupe est tout autre. Que sont-ils en droit d’attendre de Sylvain, de moi et de tous les artistes de la saison qu’ils côtoieront? À première vue, ce renversement de la question peut sembler témoigner de notre volonté d’être à leur écoute. C’est le cas, mais le simple fait de me poser cette question a aussi quelque chose de troublant. Déjà, il induit une distance entre « eux » et « nous » qu’il nous faudra déconstruire ou repenser tous ensemble. Il me faut donc l’admettre. J’ai bien une attente à l’égard de cette horde. J’espère qu’ils nous désarçonnent et s’approprient ce projet. J’attends de nous tous que nous travaillions à devenir une horde. 


Xavier Inchauspé, collaborateur


theatredaujourdhui.qc.ca/horde