Crédit: Yann Pocreau

Inspirations : Yann Pocreau

Le condo modèle, le cadre de vie, le mode de vie idéal sont à l’origine de la pièce Unité modèle de Guillaume Corbeil, présentée au mois d’avril. Au-delà de l’habitat standardisé, la pièce offre une réflexion plus large sur l’influence que ces habitats ont sur notre cadre et notre mode de vie. Les condos à vendre dans Unité modèle font partie d’un grand ensemble, d’une cité idéale où tout est offert, de l’épicerie au restaurant, des terrasses de bar au jacuzzi en plein air. Plus besoin de sortir, tout est disponible sur place, en conformité avec ce modèle universel standardisé de réussite et de confort. 


De là nous est venue l’idée de faire porter cette rubrique sur le cadre de vie, sur notre attachement à notre environnement, aimé ou malaimé. L’artiste Yann Pocreau travaille sur le sujet en s’intéressant à l’hôpital non pas comme seul lieu médicalisé, mais comme cadre de vie où les relations se font et se défont au quotidien, où les émotions se succèdent et ne se ressemblent pas. Au-delà de l’aspect médical, qu’est-ce que ce lieu, mal aimé et souvent redouté, a à offrir comme cadre de vie? 

Nous vous laissons découvrir son travail en cours, qui s’étale sur sept ans et prend forme au fur et à mesure de la destruction de l’Hôpital Saint-Luc et de la construction du nouveau CHUM. 

 

Le contexte

Dans le cadre de la construction du nouveau CHUM et de la destruction de l’Hôpital Saint-Luc en 2016, le gouvernement du Québec et le CHUM ont lancé en 2014 un appel à projets dans le cadre du programme d’intégration de l’art à l’architecture. Cet appel demandait aux artistes intéressés de définir une « œuvre-processus » pour avoir ensuite la possibilité de suivre le chantier durant les sept années de travaux et de proposer une œuvre finale à la livraison du chantier. Yann Pocreau a remporté le concours en proposant la réalisation d’un livre portant sur cette période de changements pour le CHUM et son patrimoine qui serait remis aux premiers patients du nouveau centre hospitalier en 2020.

En marge de ce projet de longue haleine, Yann prépare une résidence de 3 mois à la Galerie de l’UQÀM à l’été 2016 qui aboutira sur une exposition à l’automne suivant. Il développe ainsi des propositions artistiques destinées à changer notre regard sur l’hôpital en le déplaçant du milieu médical au milieu artistique.

 

Le projet

Le projet en développement pour la Galerie de l’UQÀM s’attarde spécifiquement sur la démolition de l’actuel Hôpital Saint-Luc en 2016. Le point de départ de cette exposition, intitulée Patrimoines, repose sur la disparition de cet édifice, sur sa mémoire, sur notre rapport au bâti hospitalier et sur la notion de remplacement.

L’exposition comportera trois œuvres principales : deux installations et une série de photographies.

La principale installation consiste à la reconstruction et la transposition dans l’espace de la Galerie d’une chambre typique de l’Hôpital Saint-Luc avant sa démolition. Pour cela, l’artiste récupère actuellement des morceaux de chambres : murs, contours de fenêtres, rideaux, mobilier, etc. Le but ici n’est pas de tomber dans le documentaire et de recréer de façon sordide une chambre d’hôpital, mais bien au contraire de faire revivre ces murs et tout ce matériel qui contiennent plus de 75 ans de vie, de maladies, de convalescence, de bonheur, de deuil, d’espoir, de travail acharné.

Pour la réalisation de la seconde installation de l’exposition, Yann Pocreau collecte les ampoules en fonction dans les chambres de l’Hôpital Saint-Luc. Il compte récupérer des centaines d’ampoules qui seront assemblées en une structure au sol qui s’interrogera sur la présence de la lumière quand elle est mise en scène dans des lieux spécifiques. Là encore, l’artiste souhaite donner vie à ces ampoules pour qu’elles renvoient à notre façon d’occuper l’espace et de le vivre.

Enfin, ces deux installations seront accompagnées d’une série de photos de chantier relatant le démantèlement de l’Hôpital Saint-Luc. Cette série portera sur les jeux de lumière et posera un regard artistique sur des installations que nous voyons habituellement seulement d’un point de vue médical et pratique.

L’idée principale derrière l’exposition Patrimoines est donc de porter un regard nouveau sur l’édifice de l’Hôpital Saint-Luc, de se demander si cet hôpital que tout le monde connaît fait partie de notre patrimoine. Yann Pocreau indique clairement que son projet n’est pas une charge contre Saint-Luc, il ne s’agit pas de critiquer l’hôpital ou de parler de désuétude, il s’agit au contraire de se pencher sur ce qu’il y a de patrimonial dans ce lieu qui est à la fois un lieu d’expérience individuelle où chacun vit son histoire, mais également un lieu d’intérêt public et d’expérience collective. À partir du moment où une société fait l’expérience commune d’un lieu, ce lieu n’entre-t-il pas de facto dans le patrimoine?

Au-delà du bâtiment physique et de ses fonctionnalités, l’artiste se pose également la question de ce que représente l’Hôpital Saint-Luc dans l’imaginaire collectif. Sa réflexion va au-delà des objets et porte aussi sur le patrimoine immatériel et symbolique lié à cet endroit. Des étudiants en muséologie qui s’intéressaient justement à cette question et qui travaillaient dans les trois hôpitaux du CHUM ont fait découvrir à Yann Pocreau des fiches de recettes des années 1940 qu’ils avaient trouvées dans les cuisines. Ces recettes sont bien plus que des objets, ce sont de trésors patrimoniaux qui témoignent d’une tout autre époque et d’une tout autre façon de faire. À la simple lecture d’une recette apparaissent dans notre imaginaire des bataillons de cuisinières armées d’ustensiles de cuisine démesurés pour servir trois fois par jour des repas à tous les patients.

À la veille de la destruction de ce bâtiment emblématique, l’artiste interroge donc à la fois notre mémoire individuelle et notre mémoire collective, ainsi que notre rapport à notre patrimoine et au milieu hospitalier. À découvrir à la Galerie de l’UQÀM du 2 septembre au 15 octobre 2016!

 

Plus d'informations sur l'artiste : yannpocreau.com

Le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui remercie la Galerie de l’UQÀM pour sa précieuse collaboration à la réalisation de cette rubrique.
galerie.uqam.ca