Crédit: Kim Waldron - Avant de passer le balai, il faut verser de l’eau sur le sol pour éliminer la poussière.

Inspirations : Made in Quebec par Kim Waldron

La saison 17/18 du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui met de l’avant les questions de responsabilités et de travail. Dans Nyotaimori de Sarah Berthiaume, l’un des personnages est confronté à la réalité des manufactures des pays ateliers, à cette mondialisation qui nous permet de consommer à bas prix des produits confectionnés à l’autre bout du monde dans des conditions sociales souvent précaires. Une collaboration fructueuse avec MOMENTA | Biennale de l'image nous a mis sur la piste de l’artiste visuelle Kim Waldron qui a abordé ces questions dans sa fascinante série Made in Québec.

L’artiste s’est exportée en Chine pendant quelques mois pour se mettre au service des travailleurs. Nous avons été conquis par cette démarche pleine d’esprit qui inverse le rapport habituel entre exploiteurs occidentaux et travailleurs étrangers, entre consommateurs et producteurs.

 

La série Made in Québec a été réalisée dans le cadre de deux résidences en Chine, l’une à la Red Gate Residency (Beijing) et l’autre au Chinese European Art Center (Xiamen). Dans ce projet l’artiste se met en scène à la place et aux côtés de travailleurs chinois, dans leur contexte de travail. Son intention affichée ici est de se positionner comme une marchandise canadienne, leur offrant son aide en échange du temps que les produits manufacturés chinois font économiser aux Occidentaux à longueur d’année. Considérant que la Chine est le plus grand exportateur de produits au monde et qu’elle est en train de devenir une superpuissance construite sur le travail de sa main-d’oeuvre, son projet engage directement ces dynamiques de pouvoir dans le contexte mondial. Notre relation aux produits que nous consommons est souvent limitée à des mots inscrits sur des étiquettes. Travaillant dans divers environnements chinois, ces photographies mettent l’accent sur le contexte dans lequel l’artiste se trouvait et donnent une dimension humaine à la relation abstraite que nous entretenons avec la production et à la consommation.

Sur les 29 situations immortalisées par l’artiste, nous en avons sélectionné une dizaine, commentée par Kim Waldron elle-même, qui donne un aperçu de la diversité des domaines de travail dans lesquels elle a pu intervenir.

 

1. La province de Fujian dans laquelle je résidais est célèbre pour sa porcelaine. J’ai voyagé quelques heures jusqu’à Dehua County pour prendre cette photo dans une fabrique de porcelaine.

2. Cette photo est prise à l’école maternelle qui a accueilli mon fils pendant les 3 mois que j’ai passés à Xianmen pour la réalisation de ce projet.

3. Kang You Teng et son frère Victor ont aidé de nombreux artistes en résidence à réaliser leur projet. Ils m’ont mise en contact avec un atelier de travail du métal (ici en photo) et un atelier de poterie.

 

4. Li Li, mon assistante et interprète, m’a demandé de choisir un livre parmi une sélection qu’elle avait faite. J’ai choisi L’interprétation des rêves, j’ai aimé trouver Freud à l’autre bout du monde.

5. L’usine de verre a été le premier lieu que j’ai photographié. On m’a dit que je n’étais pas autorisée à utiliser la machinerie lourde, car ces postes étaient réservés aux hommes. Je pouvais seulement faire semblant de l’utiliser. J’avais par contre le droit de faire à manger et le ménage, comme le faisaient les femmes de l’usine. 

6. J’ai fait faire le costume gris que je porte tout au long du projet par une couturière de Montréal avant de partir pour la Chine. Je n’étais pas sure que c’était  le bon uniforme jusqu’à ce que je visite la Biennale de Shanghai au Power Station of Art et que je vois les femmes de ménage porter un costume parfaitement identique au mien. J’ai par la suite vu des vestes similaires sur les murs d’un atelier de tailleur

 

7. Le livreur d’eau qui alimentait mon appartement m’a laissé conduire sa moto pour le projet. On peut également le voir porter une bouteille d’eau sur cette photo.

8. May Lee, l’un des directeurs du Chinese European Art Center où j’étais en résidence, m’a mise en contact avec de nombreux membres de sa famille. L’Oncle Mao, qui possède une cimenterie, m’a offert deux teeshirts de l’entreprise. Il est ensuite venu avec sa femme et son fils au vernissage de l’exposition à Xianmen.

9. L’Oncle Mao avait apparemment parlé de mon projet à son frère Oncle Ming, car je fus invitée à prendre des photos en tant que garde de sécurité à l’école où il travaillait. Il y a eu un incident il y a quelques années : un individu s’est introduit dans une école de Xianmen et a tué des élèves. Depuis toutes les écoles ont installé des postes de sécurité à leur entrée.

 

À propos de l'artiste

Kim Waldron est une artiste visuelle contemporaine établie à Montréal. Elle utilise fréquemment l’autoportrait afin de prendre position sur différents enjeux sociaux actuels. Au fil des années, elle a su s’interroger sur le rôle de l’image et l’importance du contexte comme discours. Si l’autoreprésentation est extrêmement importante dans son travail, l’utilisation de divers contextes pour construire ses narrations l’est tout autant. Présente sur la scène locale, nationale et internationale, elle a récemment exposé son travail au Musée des beaux-arts de Montréal, CIRCA art actuel (Montréal), Jimei X Arles International Photography Festival (Xiamen), Mains d’OEuvres (Paris), Ortega y Gasset Projects (New York) et Dunlop Art Gallery (Regina). Elle détient une maitrise en arts visuels de l’Université Concordia ainsi qu’un baccalauréat en arts visuels de NSCAD University. Elle a obtenu des résidences artistiques à Paris, Vienne, Terre-Neuve, Xiamen et Pékin. En 2013, elle a été récipiendaire de la bourse Claudine et Stephen Bronfman en art contemporain et lauréate du prix Pierre-Ayot.

 


MOMENTA | Biennale de l'image

Depuis près de 30 ans, Le Mois de la Photo à Montréal, rebaptisé MOMENTA à l’occasion de sa 15ème édition, offre un cadre stimulant pour étudier les pratiques, les mutations et les enjeux actuels de l’image fixe ou animée dans notre culture. Le thème de cette année, De quoi l’image est-elle le nom ? proposé par le commissaire invité Ami Barak, est exploré par chacun des 38 artistes internationaux réunis pour l’occasion. C’est dans ce cadre qu’un projet inédit de Kim Waldron sera dévoilé dans une exposition collective parmi le travail de 22 autres artistes, à la Galerie de l’UQAM et à VOX, centre de l’image contemporaine. En plus de cette exposition centrale, 14 expositions individuelles seront présentées dans divers lieux de diffusion de l’art actuel à Montréal. L’édition 2017 de MOMENTA, qui a lieu du 7 septembre au 15 octobre, offre aux visiteurs de multiples occasions de se pencher sur la notion de pièce à conviction photographique dans ses aspects les plus variés, tout en s’interrogeant sur la subjectivité dans le langage photographique et vidéographique.

De quoi l’image est-elle le nom ?
Commissaire invité | Ami Barak

La programmation complète sur momentabiennale.com